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Eoliennes, ne plus aller à contre-courant !

Eoliennes, ne plus aller à contre-courant !

Près de la maison familiale en Bourgogne, sur des terrains surplombant le village, se sont installées récemment quelques Eoliennes. Elles sont loin de faire la taille de leurs ainées aux pieds dans l’eau de la Mer du Nord mais elles demeurent néanmoins impressionnantes vues de leur base.

Rien de particulier jusque la me direz vous. J’y viens !

eolienne2En regardant de plus près leurs pâles, j’ai remarqué deux choses. Enfin, c’est assez peu visible de loin ! Et peu visible de près, non plus d’ailleurs (vous pouvez regarder la photo ci-contre et me dire si vous voyez quelque chose de particulier !)

Cela se voit au moment de leur assemblage au sol, où, là, on peut vraiment être près. Ces éoliennes de la compagnie allemande Enercon arborent deux innovations:

Les terminaisons des pales on la forme d’un L (voir photo ci-dessous). Ces terminaisons permettent de réduire les émissions de bruit et augmentent la puissance de sortie de plus de 15% par rapport aux modèles sans. On retrouve là le même principe que les  extrémités repliées des ailes des avions modernes appelées “sharklets” chez Airbus et “winglets” chez Boeing et qui sont majoritairement inspirées des longues plumes qui terminent les ailes des grands rapaces.

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La deuxième innovation se trouve sur la tranche des pales. Une forme en dents de scie recouvre le bord interne des pales et diminue les effets de trainées qui sont responsable de pertes d’énergie et donc d’efficacité des éoliennes. Eoliennes biomimétisme

Cette dernière innovation est intéressante à plus d’un titre ! On peut aussi l’observer sur les pales des éoliennes fabriquées par le concurrent principal d’Enercon, le groupe Siemens. Ces deux entreprises se font une guerre des brevets devant les tribunaux, chacun prétendant être à l’origine de l’innovation. Siemens nomme ces dents de scie les “DinoTails”, c’est à dire les queues de dinosaure, et prétend qu’elles sont comme les plaques osseuses qui recouvraient le dos des Stégosaures.

Quoi ?

Outre la ressemblance morphologique plus que lointaine, ces plaques osseuses servait surement au stégosaure à réguler sa température corporelle et éventuellement à se protéger des prédateurs voraces de l’époque jurassique plutôt que d’améliorer son aérodynamisme.

stegosaure

Bon, je suis fairplay, on ne peut pas complètement écarter l’hypothèse que lors de fuites effrénées (25km/h et je suis large) pour échapper à un allosaure affamé (35km/h max) ses plaques au profil aérodynamique lui auraient permis de gagner 4% de vitesse et lui aurait permis d’atteindre la vitesse incroyable et grisante de 26km/h.

Bon, aller, trêve de plaisanterie. Une explication plus logique serait que ces dents de scie soient une simplification des formes implémentées sur les pales des éoliennes de la star-up Whalepower. Ces pales arborent des protubérances directement inspirées de celles que l’on retrouve sur les nageoires pectorales des baleines. Ces protubérances améliorent l’écoulement des flux d’eau autour des nageoires.

Whalepower Eoliennes

Ainsi l’adaptation de ces formes aux pales d’éoliennes permet de  réduire les effets de trainée de 32%, de réduire les nuisances sonores et permet également aux pales de commencer à tourner pour des vents plus faibles.

Dans l’excellent livre de Gauthier Chapelle, “Le vivant comme modèle“, dont je recommande vivement la lecture, Gauthier nous explique, plus en détails, les avantages de ces protubérances pour la baleine. Il explique comment les spécificités de ces nageoires ont été adapté aux éoliennes pour améliorer leur fonctionnement. Mais Gauthier déplore que les éoliennes inspirées des nageoires de baleines n’ont jamais connues de succès. “… souvent, la trouvaille scientifique, puis sa traduction technologique, ne suffisent pas, même avec un gain environnemental évident, pour transformer l’essai en succès commerciale“. Eh bien Gauthier soit rassuré, les avancées majeures du biomimétisme finissent toujours par conquérir le marché malgré les pièges des chemins de dépendance (organisation du marché façonné autour d’un produit et qui rend le perçage de toute innovation très difficile) ou les combats de brevets entre entreprises.

En conclusion, bien que les versions de Siemens et d’Enercon restent plus rudimentaires que celles de Whalepower et par la-même ne disposent pas non plus de toutes les fonctionnalités, des avancées bio-inspirées voient le jour dans le domaine de l’éolien en Europe, et ça c’est positif…, et laissons les stégosaures reposer en paix car ils n’y sont pour rien !

Voici un lien vers une vidéo de Gauthier Chapelle qui nous parle de la voie du biomimétisme pour retrouver la Terre et se reconnecter avec elle.

Lien ICI ou en cliquant sur l’image ci-dessous.

Gauthier Chapelle


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