Biomimesis

Pour les TPE : FAQ

Foire aux questions

1/ Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes, vos études, votre parcours professionnel ?

Je suis physicien de formation, j’ai donc un doctorat en physique et j’ai plusieurs années de pratique de la recherche en instituts de recherches scientifiques en France, en Allemagne et en Autriche. Je suis actuellement enseignant en école d’ingénieur.

2/ Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser dans le Biomimétisme ?

Quelles sont vos motivations ?

Comme beaucoup de gens, je cherchais les voies innovantes, pratiques et viables permettant d’apporter des solutions aux problèmes majeurs auxquels nous faisons face comme l’effet ciseau sur les ressources naturelles (deux lames: raréfaction des matières premières et augmentation de la consommation mondiale), le réchauffement climatique ou encore la crise économique, sachant que tout est lié. Dans mes lectures, je suis tombé sur le biomimétisme et le livre de la biologiste américaine et consultante en innovation, Janine Benyus – Biomimicry: Innovation Inspired by Nature (réf). Ce fut une révélation. Enfin je lisais ce que je pensais intimement et qui apportait les solutions que j’attendais. S’inspirer du fonctionnement de la nature faisait sens, car après 3.85 milliards d’années d’évolution, la nature a appris : ce qui marche, ce qui est approprié et sain, ce qui dure ! Alors pourquoi ne pas s’en inspirer !

Il y a quatre ans, le biomimétisme était encore confidentiel en France. Tout était à faire ! Donc plein d’opportunités et de challenges.

3/ En quoi consiste votre métier ?
J’enseigne la physique et le biomimétisme en école d’ingénieur. En dehors de cela, mes activités sur le biomimétisme regroupent :
  • la promotion du biomimétisme en France via mon site web et via des conférences.
  • la réalisation d’expositions / conférences et l’apport de ma caution scientifique
  • l’apport d’expertise auprès des médias et des entreprises

4/ Le Biomimétisme a été créé en 1997 par la biologiste américaine Janine Benyus. Depuis, pouvez-vous dire si le biomimétisme a un avenir en France et s’il va se développer ?

On ne peut pas dire que le biomimétisme a été créé par Janine Benyus, il existait avant. Disons que J. Benyus a mis en exergue le développement durable dans la bio-inspiration qui existait déjà depuis des siècles. J. Benyus a été et est toujours une formidable instigatrice et promotrice du mouvement actuel du biomimétisme dans le monde. Le biomimétisme se développe déjà en France, on en parlait quasiment pas il y a 2 ans. Les choses vont vites. L’apparition du CEEBIOS dans le réseau Français devrait accélérer encore plus le développement du biomimétisme en France.

5/ Le biomimétisme représente-t-il pour vous une forme durable d’innovation ?

Oui je l’espère. Sinon on sera passé à coté de l’histoire ! En tout cas, à mon échelle j’œuvre à faire connaitre le biomimétisme aux futurs ingénieurs.

6/ Connaissez-vous des exemples d’application du biomimétisme dans l’architecture en France ? Si oui, lesquels ?

Il est intéressant de regarder le travail de Vincent Callebaut (ici) et le projet Symbio2 (ici) du cabinet XTU. Pour plus d’information sur l’architecture et la ville durable, je vous invite à consulter ces pages : architecture et ville de demain

7/ Ces applications peuvent-elles permettre de faire des économies pour les entreprises ? Pour les particuliers ?

L’avantage du biomimétisme pour les entreprises, c’est de pouvoir bénéficier du savoir déjà éprouvé du vivant. Plus de 3.85 milliards d’années d’expérience de l’innovation ! Le vivant est le résultat de recherches, de tests, d’erreurs et de développements orchestrés par l’évolution. Ce processus inventif et foisonnant est soumis à une sélection drastique, la sélection naturelle, qui trie parmi toutes ces inventions du vivant celles qui sont viables, celles qui sont performantes, celles qui durent, celle qui sont saines.
Ce processus inventif est comparable à celui des chercheurs ingénieurs en entreprise. En s’inspirant des idées géniales que le vivant a su développés, les entreprises peuvent diminuer le temps consacré à la R&I* en s’inspirant des solutions brevetées par le vivant. C’est un gain de temps et donc d’argent.

*R&I : recherche et innovation


8/ Pensez-vous que le biomimétisme a un avenir dans notre pays et quels sont les avantages que l’homme peut en tirer réellement : en matière de développement durable, d’économie d’énergie… ?

Aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Asie, les gens ne se posent pas tant de questions, il y a longtemps qu’ils agissent. Le biomimétisme, c’est l’écologie 2.0. Donc, je pense que c’est l’avenir du développement durable (terme qui est presque un oxymore et auquel je préfère le terme de développement soutenable). Il y a également une prise de conscience au niveau du gouvernement qui considère que le biomimétisme aura une place importante dans la lutte contre le réchauffement climatique.
On attend maintenant des actes forts !
Le biomimétisme consiste à revoir nos modes de fonctionnent trop gaspilleurs d’énergie et de matières premières et trop polluants. Ce mode de fonctionnement mènera l’humanité à sa perte. On commence déjà à en subir les premières conséquences. Il est nécessaire de changer cela, et le biomimétisme permet de repenser notre relation au monde et notre relation au vivant, à la nature qui est fondamentale. Le biomimétisme montre que le modèle à suivre est celui de la nature car elle seule à fait la preuve de sa viabilité, de sa durabilité sur Terre. C’est un nouveau paradigme.
9/ Le biomimétisme a-t-il eu sa place dans les discussions sur le climat et dans le cadre du COP21 ?
Les solutions au problème du réchauffement climatique ne sont pas discutés à la COP21, seul l’aspect politique énergétique et environnementale est discuté. A la COP21, on a discuté du but à atteindre et pas du comment on peut y arriver ! Est-ce une bonne chose…? Donc le biomimétisme n’est pas rentré dans les discutions. Par contre il y a eu différentes présentations dans le cadre de la COP21 et en marge de celle-ci où le biomimétisme a été mis en avant comme démarche pour un futur souhaitable.
10/ Dans quel domaine le biomimétisme serait le plus pertinent?
En terme de performance, il n’y a pas de domaine privilégié. Le biomimétisme n’est pas une science, ce n’est donc pas de la chimie, de la physique, de la médecine ou autre discipline. Le biomimétisme est une approche scientifique, une manière d’appréhender et de résoudre les problèmes en faisant appel aux sciences classiques. Le biomimétisme analyse les meilleurs idées de la nature, pour en comprendre l’intelligence (d’où la nécessité d’utiliser les sciences fondamentales : physique, chimie, biologie etc…) et s’en inspirer et tenter in fine d’en faire des applications concrètes, innovantes et durables dans des secteurs de l’économie et de la société très variés.
D’un point de vue développement durable et soutenable, le biomimétisme de troisième niveau, c’est à dire s’inspirer des écosystèmes, est surement l’un des plus prometteur. Il s’agit de s’inspirer des mouvements des flux de matières et d’énergie tels que la nature les a mis en place comme les cycles de l’eau, du carbone, etc…. L’économie circulaire, la permaculture, la ville régénératrice et plus concrètement et de manière plus parlante, le recyclage des déchets sont des exemples d’application du fonctionnement de la nature à nos activités. Se resynchroniser avec le fonctionnement de notre planète et ses cycles naturels, et cesser de s’y opposer est l’enjeu du 21ème siècle.
11/ L’énergie est-elle une des applications les plus prometteuses du biomimétisme ?
 Comme expliqué précédemment, se resynchroniser avec le fonctionnement de notre planète et ses cycles naturels, et cesser de s’y opposer est l’enjeu du 21ème siècle. Réinjecter dans l’atmosphère le carbone, sous forme de CO2, en brulant les hydrocarbures patiemment enfouis sous terre pendant des millions d’années permettant d’obtenir le climat actuel, est dangereux ! C’est le travail complexe et dénué de volonté central du vivant qui a permit d’aboutir à des conditions propices à l’apparition puis au développement humain. Trouver des sources d’énergies viables qui ne rejette pas dans l’atmosphère du CO2 ou tout autre gaz à effet de serre et donc un enjeux crucial pour l’humanité. Le vivant le fait depuis des centaines de millions d’années. Il y a donc dans le vivant des gisements d’intelligence dont il faut s’inspirer. Donc oui l’énergie est une des applications les plus prometteuses du biomimétisme ! La récupération de l’énergie éolienne, maritime, fluviale et solaire bénéficie et continuera à l’avenir de bénéficier du biomimétisme.
12/ Prendre conscience de l’importance du biomimétisme c’est aussi se soucier de la biodiversité et par ce biais pouvons-nous contribuer à sa préservation ?
Nous les humains avons tendance à penser que notre développement, notre vie, ne dépend pas pas du monde vivant, des espèces, des écosystèmes. Nous pensons que la technologie nous suffit. C’est un peu comme si nous étions tous sur un même bateau et que nous agissions comme si la navigation pouvait se faire sans prendre en compte l’océan. La richesse et la diversité des espèces sont garant de notre vie sur terre. Sans elles, point d’eau, point d’oxygène, point de nourriture. Bref la vie garantie la vie.
Ceci rappelé, l’ensemble du vivant forme la plus grande bibliothèque de connaissance du monde. Chaque espèce qui disparait c’est une encyclopédie qui s’évanoui. Nous devons donc cesser d’impacter sur leurs devenir. C’est aussi de notre vie qu’il s’agit ! C’est aussi un choix citoyen. Acheter un produit, c’est faire un choix, c’est voter ! En achetant tels ou tels produits, on choisi des pratiques respectueuses ou, au contraire, destructrices de la biodiversité. Nous sommes responsables ! Nous avons le choix.
13/ Avez-vous des exemples du biomimétisme pour illustrer l’intérêt de cette nouvelle approche pour la société ?
Mon site regorge d’exemples, je vous invite donc à le parcourir.
Certaines des réponses précédentes ont été reprises d’une interview donnée pour le site Quokka, à consulter également.